UN SITE SUR JEAN-PAUL MARAT ?




Reconnu comme un important journaliste de l’époque de la Révolution française, Jean-Paul Marat (Boudry-Suisse 1743 – Paris 1793) a aussi transmis au public un roman, des écrits philosophiques, scientifiques et médicaux, de la correspondance. Et grâce au recoupement des journaux du temps, ses prises de parole à la Convention nationale ou aux Jacobins sont recomposées et éditées.

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Une gageure

Se confronter aux apports théoriques et pratiques des périodes-charnières de notre histoire est une exigence de toute formation politique. Pour y parvenir, il faut se mettre à bonne distance des raccourcis idéologiques comme des débordements passionnels, sans tomber pour autant dans la froideur et la sécheresse qui desservent aussi la vérité. Accéder à une compréhension utile de Marat est une gageure, étant donné le puzzle auquel il nous confronte. Sous le Nouveau Régime, il vit les deux tiers du temps dans la clandestinité, sous menaces d’arrestations, soumis à de multiples saisies. La plus grande partie de sa Correspondance a disparu, semée aux quatre vents. Son œuvre de journaliste, en butte à de multiples contrefaçons, est difficile à reconstituer…

Nous héritons de l’ensemble de cette situation, d’autant que Marat ne fait pas qu’écrire, il paie de sa personne et se trouve plongé dans tous les rapports de force de ces années cruciales. De son temps déjà, il est particulièrement ciblé et descendu en flammes par ses adversaires politiques, il peut aussi être louangé à mauvais escient par ses fans. Un autre obstacle empêche l’accès à sa pensée: sa mort. L’assassinat par Charlotte Corday a doublé l’affabulation, entraînant la meurtrière elle-même dans les procédés de la récupération idéologique. POLE NORD a souvent appelé à un travail rigoureux à son propos. Récemment abordé, il contribuera à éclairer des zones d’ombre.


De plus, afin que soit entendue cette pensée à contre-courant, Marat s’est inventé un double, ce personnage de l’Ami du Peuple. Par sa propre voix et par celle de cet Ami, Marat livre une substance vivante et pédagogique sur des événements soumis à des bouleversements incessants. En même temps, ce personnage qui marquera l’époque et fera passer Marat à la postérité favorise légendes et fantasmagories.


Les fables affectent, dès l’enfance, la biographie de Marat. Des clichés hâtifs, voire scandaleux, montent en épingle, en les déformant, tel ou tel épisode. Aujourd’hui encore, on lit que son père est un curé défroqué et sa mère, une virago. Des auteurs assurent que si Marat est bizarre, c’est qu’il perd cette dernière à l’adolescence, alors qu’elle meurt quand il a 39 ans, en 1782 ! Très longtemps, les étapes de la vie familiale, affective, médicale, scientifique de Marat ont été présentées dans un saisissant raccourci ou son existence, scindée en deux parties inconciliables. La recherche sur les documents concernant les années pré-révolutionnaires a été longtemps délaissée, ce qui n’a pas permis pas de rendre compte d’un dynamisme constant dans les différents domaines d’activité ni de montrer que la dimension philosophique et politique est présente tout au long de sa vie.

Ce flou a contribué à accréditer très tôt un Marat sans véritable famille, sans amis, psychiquement instable, dont les apports scientifiques sont de peu de poids et dont l’action politique n’est qu’une revanche et la pensée un faisceau de contradictions qui mérite à peine qu’on s’y attarde. Ainsi l’histoire arrive-t-elle à se peupler de personnages de fiction. Machiavel est machiavélique, Montesquieu un élitiste momifié sans esprit ni cohérence, Rousseau est l’homme de la nature qui rêve de nous faire revivre à quatre pattes, Marx, un terroriste. Marat, quant à lui, a bien des choix : le fou atrabilaire, le monstre batracien, le publiciste sans principes, le débauché voire l’espion payé par l’Angleterre.


Projet éditorial

C’est en préparant une exposition grand public sur la période révolutionnaire que les animateurs de l’association de recherche POLE NORD de Bruxelles ont découvert Marat. Ils ont eu l’opportunité de lire, de lire en durée, avec de plus en plus d’étonnement, tous les numéros de son principal journal L’Ami du Peuple, dont des extraits furent alors sélectionnés pour légender les panneaux de l’exposition, intitulée «A Marat, la Révolution française». La force qui se dégageait de cette œuvre n’a rien perdu de son intérêt. Encore faut-il la lire !


Après la présentation de l’exposition en Belgique et à l’étranger, POLE NORD a continué à se préoccuper de Marat jusqu’à établir entre 1989 et 1995, l’édition princeps en 10 tomes de ses Œuvres Politiques 1789-1793 (6.670 pages de textes et 2.021 pages de Guide de lecture). Une édition qui a été complétée ensuite par une collection – chez le même éditeur -  de «Chantiers Marat», dont le dernier a été publié en 2006. Ce sont aussi les chercheurs de POLE NORD qui ont pu redonner leur place et leur sens aux manuscrits du fonds La Bédoyère. Ils ont également retrouvé, en Ecosse, une collection de journaux ayant appartenu en propre à Marat et sur laquelle il avait apposé des centaines d’annotations et de corrections, en vue de la réédition de ses Œuvres, réédition dont le prospectus est connu, mais qui, après son assassinat et l’évolution de la situation politique, ne verra pas le jour.


Tous ces travaux éditoriaux ont été pris en charge par l’association qui a bénéficié de rares soutiens, toujours acquis aujourd’hui. Soulignons celui de la Bibliothèque publique et universitaire de Neuchâtel en Suisse, pays natal de Marat, où POLE NORD a déposé les Archives de l’édition et ceux, plus personnels, de citoyens et de quelques chercheurs à travers le monde. Mais aujourd’hui encore, l’accès aux fondements reste problématique et la situation indique qu’il sera utile de persévérer dans les analyses sans s’étonner de devoir affronter des décodages compliqués, à la mesure des continents enfouis ou méconnus de cet univers politique que Marat a saisi à bras-le-corps.


Mais qui est l’Ami du peuple?

Marat est-il royaliste ou républicain ? Et s’il n’était ni royaliste ni républicain ? Si là justement se situait une ligne de démarcation fondamentale et difficile à entendre, où non seulement la forme du gouvernement n’est plus la préoccupation centrale, mais où principes et valeurs ne suffisent pas à enrayer la mise en sujétion, la favorisent même. Dans Les Chaînes de l’Esclavage, ne nous dit-il pas, dans la même foulée, qu’«un bon prince est le plus noble des ouvrages du créateur, le plus propre à honorer la nature humaine et à représenter la divine», mais que «pour un bon prince, combien de monstres sur la terre !». Dans le n°23 du Journal de la République française, il parle du Nouveau régime qui le contraindra si souvent à la clandestinité : «Nous nous disons républicains et nous croyons l’être. J’ignore de quelle république, si ce n’est celle de Carthage, où tout était vénal jusqu’à l’honneur».


Il faudra accepter, un jour, que Marat, en dépit d’une nouvelle Constitution, de nouvelles lois, de nouvelles assemblées, de nouvelles têtes au pouvoir, pense que sous d’autres «masques» - c’est un terme qu’il emploie souvent – la perversion renaît, que l’esclavage et la misère peuvent se perpétuer voire s’amplifier. Et dans le même temps, il n’a rien d’un anarchiste, il fait montre d’une énergie sans pareille dès qu’il entrevoit une voie de dépassement, qu’il trouve les mesures à prendre pour percer cette énigme. 

Pour encourager encore et toujours à lire Marat avec attention et nuances, rappelons, à titre d’exemples, qu’il voit une inutile provocation dans la suppression des titres de noblesse, un drame pour les pauvres dans la manière dont s’est opérée la confiscation des biens du clergé, qu’il affirme que l’abolition des corporations annonce une catastrophe pour la qualité de la vie et l’appréciation des produits naturels ou manufacturés. Quant à une terreur d’Etat mise à l’ordre du jour après sa mort, elle aurait été contraire à toute sa philosophie.


Démarqué des Newtoniens, des Encyclopédistes et, plus tard, des laudateurs de l’Ancien comme du Nouveau régime, souvent éloigné des Jacobins, ne fréquentant que de temps à autre le Club des Cordeliers, en rupture avec les «Enragés», Jean-Paul Marat ne se coule dans aucun des moules où on a tenté de le figer, en ce compris les contrechamps utopistes du «visionnaire» ou de «l’homme des Lumières» incompris. Le reproche, qui lui est sommairement adressé, d’être un exalté qui ne pense qu’à réclamer des têtes – ne va-t-on pas jusqu’à prétendre qu’il guillotinerait Louis XVI en 1789 ou qu’il est le responsable des massacres de septembre 1792 ? - est hors contexte.


Si POLE NORD a pris la décision de lancer ce site Marat, c’est pour continuer à affiner l’approche biographique comme le concept théorique. C’est aussi parce qu’un lieu reste nécessaire pour des mises au point et d’utiles controverses.


© POLE NORD


www.marat-jean-paul.org


RUBRIQUES


UN SITE SUR JEAN-PAUL MARAT ?  Présentation   © POLE NORD


REPERES CHRONOLOGIQUES DE 1698 A 1788

PDF: ORIGINES ET SOURCES DE CES REPERES


TRAVAUX BIOGRAPHIQUES

Charlotte-Albertine Mara(t) - Première partie © POLE NORD


Simonne Evrard, la femme de Marat - Première partie © POLE NORD


Défendre la mémoire et les écrits de Marat (I) © POLE NORD

Défendre la mémoire et les écrits de Marat (II) © POLE NORD  (à paraître)


Correspondance F. Chèvremont - M. Goupil-Louvigny


David Mara(t) de Boudry © POLE NORD



AUDIO-VISUEL SUR LE « MARAT ASSASSINE » DE JACQUES-LOUIS DAVID 

© POLE NORD


MARAT MEDECIN

Médecin de père en fils: Une lettre médicale de Jean Mara (1753) retrouvée à la Bibliothèque Publique et Universitaire de Neuchâtel.

PDF libre : De la Presbytie accidentelle par J.-P. Marat (1776), traduit de l’anglais par Georges Pilotelle (1891)

PDF libre : Essai sur la blennorrhée par J.-P. Marat (1775), traduit de l’anglais par le docteur J. Payenneville (1912)



ŒUVRES DE MARAT - TRAVAUX SUR MARAT EDITES PAR POLE NORD asbl

Présentation et synopsis de la collection en 10 tomes des Œuvres Politiques de Marat 1789-1793,

Editions POLE NORD 1989-1995


Archives de cette édition à la Bibliothèque publique et universitaire de Neuchâtel (Suisse)


Service aux chercheurs à partir de la numérisation des 10 tomes de ces Œuvres politiques 1789-1793


Présentation de la collection “Chantiers Marat” (10 volumes) - Editions POLE NORD, 1989-2006


PDF des «Chantiers Marat 1 et 2», non réédités  © POLE NORD


PDF libre: Compléments bibliographiques aux «Chantiers 9 et 10 : Plume de Marat et Plumes sur Marat - Pour une bibliographie générale» (mise à jour permanente)


ARTICLES

«Marat, esprit politique» postface de l’édition POLE NORD des Œuvres Politiques de Jean-Paul Marat

«Marat et son double, l’Ami du Peuple» PAR CHARLOTTE GOETZ © POLE NORD

«Il était une fois… » PAR CHARLOTTE GOETZ © POLE NORD



FABLES “RELOUES” SUR MARAT

«La fable du petit émeutier cannibale» » PAR GHISLAIN SMET © POLE NORD

«La fable du voleur à Oxford» » PAR CHARLOTTE GOETZ © POLE NORD

«Marat-le-maximonstre» PAR DELPHINE VERDUSSEN © POLE NORD

«Onfray ou l’affabulation» PAR GUILLAUME MAZEAU ©


«La fable de l’espion à la solde de l’Angleterre» (à paraître)


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